J’adore le projet Ensemble à table 4Voir Ensemble à table (lien externe). Il s’agit d’une plateforme mise en place par les professionnels des arts de la table et de la cuisine, afin de valoriser les produits fabriqués en France auprès des consommateurs. C’est toute une profession qui s’organise pour créer des outils communs, qui vont bénéficier à l’ensemble des acteurs, en s’appuyant sur une Société Coopérative d’Intérêt Collectif (SCIC). Quand nous avons rejoint le projet, conçu par Thierry Villotte, un énorme travail de structuration avait été mené avec GS1, la BPI et Francéclat, avec une excellente vision stratégique. Je suis très heureux d’avoir pu contribuer à la réalisation, en apportant une créativité interdisciplinaire qui a amélioré la qualité de la plateforme, notamment sur le plan narratif. Nous avons fonctionné par ateliers, avec Jean-Claude Boulay, sémiologue, Julien Mercier, spécialiste du branding, Nicolas Delefosse, architecte, Takumi Kobayashi et Violenn Simon, designers interactifs, et bien sûr l’équipe fondatrice du projet. Cela a permis une idéation libre et riche, qui a ensuite été confrontée aux trois parties prenantes (marques, boutiques et consommateurs) sous la direction d’Ophélie Burgstahler, UX designer. Cette approche humble et coopérative a été à la fois efficace et agréable : accepter qu’on ne sait pas à l’avance les meilleures solutions, construire avec de bons professionnels et écouter les utilisateurs.
Je suis fier d’avoir participé, au sein d’un petit groupe de travail piloté par David Annebicque, à intégrer les enjeux écologiques et éthiques au nouveau PPN MMI. Les DUT deviennent en 2021 des Bachelors Universitaires de Technologie (BUT), et tous les PPN ont été réécrits à cette occasion. Pour ce faire, nous avons adopté l’Approche Par Compétences (APC) conceptualisée par Jacques Tardif, avec l’accompagnement de Marianne Poumay et François Georges du LabSET 5Voir LabSET (lien externe). J’aime l’APC pour son approche dialogique : une vision humaniste, universitaire et culturelle liée à un pragmatisme pédagogique orienté métiers. Afin de nourrir ce dialogue, j’ai mis en place un observatoire et fait une vingtaine d’entretiens avec des professionnels de haut niveau. Cela a permis de co-construire le référentiel de compétences, en l’affinant par passes successives nourries des échanges avec les collègues enseignants et chercheurs. Je suis heureux d’avoir intégré au PPN la sobriété numérique, la qualité Web, le design d’expérience et une vision plus politique du Web. Comme l’écrivait Bernard Stiegler, le numérique est un pharmakon 6Voir Ars Industrialis (lien externe), à la fois poison et remède. Poison quand il se met au service du néo-libéralisme, du marketing, du webmarketing ou de la vente, ce qui aboutit au techno-féodalisme 7Voir Techno-féodalisme (lien externe), Cédric Durand, à l’économie de l’attention 8Voir L’économie de l’attention (lien externe), Yves Citton ou à la prolétarisation de type “travail du clic” 9Voir En attendant les robots (lien externe), Antonio A. Casilli. Remède quand il se met au service de tous, par le logiciel libre, les licences Creative Commons, les communs de la connaissance 10Voir Understanding Knowledge as a Commons (lien externe), Charlotte Hess & Elinor Ostrom et les communs numériques 11Voir Les Communs Numériques : un modèle innovant de développement des ressources numériques (lien externe). C’est ce numérique sobre, accessible, inclusif, ouvert, au service du bien commun, qui contribuera à faire face à l’anthropocène.
Enfin, le projet Reboot ! 12Voir Reboot ! (lien externe) est aussi l’œuvre d’un collectif. Avec quelques consœurs et confrères, professionnel·le·s engagé·e·s de la communication, nous avons créé un événement de formation à la communication responsable, qui a eu lieu le 30 septembre et le 1ᵉʳ octobre 2021. Ce qui est magique avec l’interdisciplinarité, c’est que chaque personne porte des façons de faire qui lui semblent naturelles, logiques : pour un développeur, fabriquer quelque chose en source ouverte et laisser les gens proposer sans essayer d’organiser ou de contrôler, c’est normal. Mais dans l’événementiel, cette approche est révolutionnaire ! En quelques mois, de façon bénévole, nous avons rassemblé des partenaires comme l’ADEME, l’Institut du Numérique Responsable, les Nations Unies ou The Shift Project pour proposer des conférences et des ressources de grande qualité à près de 8000 étudiants. Et tout est gratuit ! Financement des médias, sobriété numérique, post-croissance, urgence climatique, dark patterns, greenwashing, les sujets et les intervenants sont absolument passionnants. Le plus drôle, c’est la réaction des écoles privées, qui ont du mal à comprendre que ce soit gratuit ;) C’est passionnant en termes de gouvernance : j’ai vu de l’intelligence collective à l’œuvre pour la première fois. Auparavant, j’avais observé que le terme était franchement mensonger. Il s’agissait surtout de gestion du changement : faire semblant d’écouter les gens, modifier un détail, et faire croire que c’est co-conçu. Là, tout a été vraiment co-conçu, sans supervision. Il s’est passé des mois avant que l’on ait besoin d’écrire une charte éthique 13Voir Charte éthique Reboot ! (lien externe) pour structurer notre fonctionnement. Cet exercice aussi était très intéressant, il s’agit de faire en sorte que les choses puissent marcher sans les fondateurs. Il faut définir les principes constitutifs, comme pour un pays ou une recette de cuisine. C’est aussi une sorte de passage à l’échelle, qui a nourri noesya.